Le premier cri

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Je laisse l’eau chaude de la douche couler sur mon dos, rincer mon corps endolori des fragments des dernières semaines. L’eau me berce et me reconforte, elle dilue mes larmes et me chuchote que tout ira bien. J’aimerais tant que tout aille bien mais, les images défilent dans ma tête en une boucle infatigable. Je suis fatiguée, je suis terrifiée, j’ai mal et alors que je devrais être heureuse et épanouie, une profonde tristesse s’empare de moi, une tristesse contre laquelle je m’agenouille et je rends les armes.

Dimanche 27 avril. Minuit presque.

Ça y est, nous y sommes. Tous les signes l’indiquent et maintenant, ce n’est plus qu’une question d’heures. La valise est dans le coffre depuis des semaines, je sors mon ballon et mes cours de gestion de la douleur mais, cette douleur défie toute gestion, elle est indomptable et ce n’est que le début.

Lundi 28 avril. À l’aube.

Des heures durant, je me roule en boule, je m’appuie aux murs, je m’accroche aux rampes. On m’avait dit que ça devait arriver un soir et ce soir là, je vois l’aurore se transformer lentement en jour. Je transpire et je grelotte. Nous sommes le 28, il est 6:00 du matin et ma souffrance a dépassé les bornes.

On arrive à l’hôpital et on m’annonce joyeusement que le travail est avancé et que dans quelques heures je l’aurais entre mes bras. Je le sais bien, mon corps secoué de spasmes me l’a bien fait comprendre et puis je n’ai aucune envie de rire.

10 heures du matin. Je patiente depuis plus de 10 heures et je perd tout sang-froid, je n’en peux plus. Au diable l’accouchement naturel, je veux qu’on me pique. On m’injecte et je sens la fraîcheur de l’anesthésiant se frayer un chemin jusqu’au bas de mon dos, ça me fait un bien fou … Je vis quelques instants de répit, à Oujda, discutant avec ma mère tissus et livres, à Essaouira, marchant sur le bord de l’eau. Puis, la douleur me réveille. On est quelque part en début d’après midi, enfin … Je ne sais plus, les rideaux sont tirés et la lumière tamisée. Est-ce normal de souffrir autant, aussi longtemps?

Je suis entourée de médecins et d’infirmières désarmées devant cette scène sinistre. L’accouchement est difficile et, dans l’impuissance de faire autrement, on m’injecte encore et encore. Mes gémissements sont de plus en plus faibles. Mon corps n’est plus qu’une masse immobile, je n’ai plus la force de crier ni d’implorer. S’il vous plaît, délivrez-moi de cette douleur ou endormez-moi à jamais.

18 heures. 

On tente vainement de nouvelles manoeuvres pour déloger mon bébé de là. Ma puce est en souffrance foetale et moi, je préfère mourir et qu’on me l’arrache du ventre saine et sauve. Les médecins ne veulent pas de ça. Mais plus le temps passe, moins ils ont le temps et le choix.

21 heures.

Ils décident de faire une césarienne. Dernière ligne droite avant le passage sur le billard. Encore trois heures et je me retrouve dans le bloc opératoire. Ils m’entourent avec leurs masques, m’encouragent. Il me tient la main et me chuchote des mots encourageants. Mon regard est vide, mon corps est insensible, mon esprit est anéanti. Je veux juste qu’on en finisse.

le 29 avril, 2014. Minuit douze.

Son premier cri, et tout est fini.

Nous avons tous en tête des images de nouvelles mamans, sortant de l’hôpital en pleine forme, leur bébé entre les bras et affichant une mine éclatante. Même si généralement, l’accouchement se passe bien et que les nouvelles mamans sont vite submergées par les soins du bébé, certains accouchements sont si difficiles qu’ils se transforment en cauchemars. On parle alors de « traumatisme de la naissance », une forme de stress post-traumatique. D’après le site américain Psychology Today, 6% des nouvelles mamans seraient touchées par ce trouble après un accouchement difficile et la plupart d’entre elles souffriraient en silence, par culpabilité, car elles pensent ne pas avoir le droit d’être traumatisée alors qu’elles vivent les plus beaux moments de leur vie. Le problème, c’est que garder le silence aggrave les symptômes et peut mener à des depressions sévères. Des symptômes comme la panique, les cauchemars récurrents, l’insomnie ou les troubles de l’appétit doivent être pris en charge rapidement par des spécialistes en santé mentale. Ne prenez pas cela à la légère.

L’épreuve de mon premier accouchement a été une des plus difficiles que j’ai traversées. Non seulement, le déroulement ne correspondait pas à ce que j’avais imaginé ou planifié mais, les sequelles physiques et psychologiques ont été lourdes à porter. J’ai eu cependant la chance inouïe d’être entourée d’amour. Ma mère est venue du Maroc et elle a passé trois mois, à temps plein, avec nous à la maison et croyez-moi, c’était la plus belle chose qui pouvait m’arriver. Ma mère s’est occupée des repas, du lavage et de m’encourager alors que je peinais à trouver une position adéquate pour allaiter sans trop souffrir de ma césarienne. Il y a eu également mon mari, très doué pour semer le rire pour décontracter l’atmosphère. Aussi, il prenait souvent bébé, pour que je puisse dormir quelques heures collées. L’amour et la présence de mes proches m’ont sauvé et ma plus grande récompense après tant de souffrance, c’est mon enfant.

Publié par

Maman de deux gazelles et entrepreneure autodidacte, ce blog est une fenêtre sur ma vie, sans filtre, à mi-chemin entre la sagesse et la déraison. J’y pose mes pensées, mes réalisations, mes passions et parfois mes coups de gueule.

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