Le sexisme expliqué à mes filles

C’est un bel après-midi ensoleillé, un des premiers de ce printemps confiné.

Mes deux filles et moi osons enfin pointer des pantoufles hors de la quiétude de la maison. Petite veste sur le dos, café et chocolats chauds à la main, on se fait dorer le bout du nez sous les premiers rayons du printemps. Nous n’avons pas grand-chose de prévu: lézarder sur le tapis, regarder les nuages et suivre les traînées des rares avions qui traversent encore le ciel. Le moment est parfait pour des discussions existentielles.

Du haut de ses trois années et demie, Leïla ouvre le bal.

– Non mais Tahra, tu ne peux pas porter du bleu, c’est pour les garçons!

– C’est pas vrai! Je porte du bleu si je veux porter du bleu, répond Tahra, contrariée de voir sa sœur se mêler d’autre chose, que de ses propres affaires.

La discussion s’enflamme. La copine aurait dit, l’éducatrice aurait dit, à la télé on aurait dit et maman intervient.

–  Ça suffit les filles!

Le décollage de la chamaillerie est avorté puis, je détourne la discussion vers une question. Une seule.

– Tahra, Leïla, savez-vous ce que c’est que le sexisme?

La réponse est unanimement négative. Je continue.

– En gros, le sexisme, c’est le fait d’attribuer des rôles et des caractères, à des personnes, en se basant uniquement sur le fait que ces personnes là, soient des femmes, des hommes, etc. Vu de même, cela n’a rien de méchant mais, lorsque le sexisme fait en sorte qu’on intimide ton meilleur ami de l’école car il porte un polo rose, ou qu’on qualifie ta maman de hommasse car elle aime se briser les ongles sur un sac de frappe, ça commence à être moins drôle.

Maintenant, parlons du petit frère du sexisme : Le sexisme ordinaire.

Moins voyant, le sexisme ordinaire se faufile en toute discrétion et s’installe confortablement autour de nous pour ancrer ce que son grand frère sème. Il peut être partout! Dans les annonces publicitaires, dans les films pour enfant, dans les grandes entreprises et même dans les pictogrammes. Il est dur à détecter mais son effet sur la conscience collective, est garanti. C’est le sexisme de tous les jours, gentil, drôle mais nocif pour le maintien de l’égalité des genres.

Combien de fois m’a-t-on proposé de stationner mon véhicule dans un emplacement étroit?

N’ai-je pas eu un changement de poste « plus adapté à ma réalité de maman de deux enfants », au retour de mon deuxième congé de maternité ?

Combien de fois ai-je entendu, au club de sport, l’expression « Push-ups de fille »?

Pourquoi les tables à langer se trouvent rarement dans les toilettes des hommes?

Des personnes qui m’expliquent un domaine, que je connais certainement mieux qu’elles, en se fiant sur le fait que je sois une femme et que mes rôles sont les enfants et la cuisine, j’en rencontre souvent. Il y en a même qui parlent en s’adressant à mon mari, prenant pour acquis que ce n’est pas un sujet de femmes.

Sans oublier toutes les fois où on me demande si je suis la secrétaire du patron, lorsque je décroche le téléphone dans ma propre entreprise. Il y a aussi cette tendance paternaliste qu’on certains hommes: Ils infantilisent la femme, la considérant comme objet fragile, incapable de prendre ses propres décisions et se décrètent le devoir de la protéger sans aucun lien de parenté, ni fondement logique.

Il est plus difficile de dénoncer le sexisme ordinaire que de l’accepter: Il est tellement banalisé, mes petits amours, que lorsqu’on essaie d’y répondre, on dit de nous que nous sommes  coincés et incapables de digérer des blagues. Vous le constaterez par vous-mêmes un jour, j’en suis convaincue! Quelqu’un dira en votre présence que telle personne est habillée juste comme une catin et là, certains en riront, d’autres seront mal à l’aise et vous, vous demanderez des explications. On vous répondra que c’est une blague. Vous répondrez que vous ne voyez rien de drôle dans la comparaison avec une travailleuse du sexe, gérée par des proxénètes violents et zélés qui la séquestrent et lui font subir de la brutalité et de l’humiliation, comme du bétail, client après client. Vous les surprendrez mais ils vous diront, rapidement, qu’il ne faut pas aller trop loin, que c’est juste une blague pour qualifier des vêtements sexy, que maintenant plus personne ne peut parler librement, qu’on a tellement peur de draguer avec vos revendication féministes, que ça dénature les jeux de séduction, que ça brime la liberté d’expression de devoir tout prendre avec des pincettes.

À la fin, il y a de fortes chances que vous vous retrouviez seule et ridiculisée. Il y a aussi des chances que vous vous découragiez et que vous évitiez ces débats dans le futur.

Dans votre vie, vous ferez des sports, vous vous passionnerez pour des métiers, vous créerez des liens et je souhaite vraiment que vous puissiez faire vos choix, en vous basant sur ce qui vous anime. Je trouverais dommage que vous dirigiez votre vie, dans le but d’éviter les commentaire sexistes. Je serais heureuse de savoir que le critère primordial pour que vous acceptiez un avis, ce soit vos compétences et non pas votre sexe et, ce qui me rendrait triste, c’est que vous renonciez à vos rêves  parce qu’ils sont jugés inadéquats pour une fille.

Mes chères filles : Prenez conscience de qui vous êtes, n’ayez pas peur d’exprimer vos désirs ni de visualiser vos rêves. Détachez-vous, le plus possible, des représentations populaires des genres. Croyez fort en vos rêves et faites-en un territoire défendu que personne ne peut franchir ni détruire. Vous êtes nées dans un pays qui occupe la 16ème place au classement mondial sur les disparités entre les genres, en politique, en économie, au travail, en accès à la santé et en éducation. Sur près de 200 pays, c’est assez respectacle et je vous invite à en profiter pleinement.

Une dernière chose: n’oubliez jamais que nous vivons dans un monde d’inégalités et que par vos actions, vous encouragerez d’autres personnes à se défaire du sexisme.

Tahra ?

Leïla ?

Où êtes-vous passées ?

Ce ne sera pas la première fois que je me retrouve seule à parler de mes convictions. Ce qui compte, c’est qu’en agissant contre les stéréotypes et les profils sexistes, je contribue à ma façon réduire les inegalités et à ridiculiser, à mon tour, le sexisme.

Publié par

Maman de deux gazelles et entrepreneure autodidacte, ce blog est une fenêtre sur ma vie, sans filtre, à mi-chemin entre la sagesse et la déraison. J’y pose mes pensées, mes réalisations, mes passions et parfois mes coups de gueule.

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