jusqu’au bout de mon souffle

J’ouvre difficilement les yeux. On est quelque part en après-midi, je suis dans mon lit et mon corps lourd peine à bouger. J’essaye de réfléchir, de parler mais mon esprit est un espace embrumé et vide, sauf de quelques mots que je n’arrive pas à coordonner. Je l’ai encore fais, je me suis rendue à l’épuisement mais comment ai-je fais pour me rendre là, encore une fois?

Revenons un peu en arrière.

Le réveil sonne mais je suis déjà réveillée depuis un moment. Il est 5h30 du matin et j’ai toutes les raisons du monde pour m’enfoncer en dessous des couvertures et de cacher ma tête avec l’oreiller. Mes amis diablotins – ceux qui me soufflent toujours des bons plans – me suggèrent de fuir ma journée au lieu de l’affronter, c’est bien plus simple et moins fatigant. N’ai-je pas longtemps été cette petite fille craintive et fuyarde qui préfère la paix acquise en esquivant les attaques?

Ce côté du bouclier ne m’est que trop connu et l’âcreté de son souvenir suffit à m’injecter l’énergie nécessaire pour activer le mode « guerrière » . L’esprit armé d’images de combat, j’amorce ma progression dans cette nouvelle journée, prête à l’accueillir avec ses joies et ses épreuves. Je prépare les sacs des enfants, je brosse leurs cheveux, les habille et leurs sert leurs petits déjeuners préférés tout en avalant mon café. Les matins sont chronométrés et en terme de secondes, on n’a pas droit à l’erreur. J’embarque ces deux princesses, porteuses de ma fierté et de mes espoirs, dans la voiture tout en leur répétant des messages mi-mantra, mi-propagande: « Tu es puissante et tu le sauras le jour ou quelqu’un essayera de te faire mal car tu l’anéantira soit par un regard, soit par un mot sinon un coup de poing fera l’affaire! ». Mes filles, amusées, rient aux éclats et en les déposant, je répète à chacune des deux, les yeux dans les yeux « Tu es une reine ou pas? Oui? Alors relève la tête sinon ta couronne va tomber! ».

8h30, deuxième round. J’attaque l’agenda. Je coche des tâches, des appels, des rendez-vous. Des problèmes en veux-tu en voilà. La journée passe en un clin d’œil et c’est tout juste comme atteindre le premier camp de base de l’Everest. Arrive ensuite 17h, l’heure de pointe où la fatigue atteint un de ses pics et où la patience est à un seuil critique. J’ai des ventres à remplir, des appétits à satisfaire, des devoirs à réaliser. Les bains sont donnés, la vaisselle est lavée et les histoires de l’heure du dodo racontées, le tout avec des chamaillages enfantins – que je digère plus ou moins – comme trame sonore.

À 21h, je suis en mode veille et l’économiseur de batterie s’est déclenché. Je me laisse tomber sur le divan comme une crème glacée qui se liquéfie, qui ne veut rien et ne réfléchit plus. Mon cerveau est comme une éponge imbibée et dégoulinante. Je veux seulement une pause, du silence, du calme car je suis exténuée.

Photo par João Ferreira sur Unsplash

Pourtant, il suffit d’une pensée rebelle pour que ce soit le Party dans ma tête. Quand la journée se calme, mon esprit se réveille, comme si c’était à son tour de réclamer de l’attention. Je rêve éveillée, mon cœur bat, mes mains transpirent et rapidement, je vais chercher mes post-it et j’étale un tapis coloré d’idées, sur mon plancher. Impossible pour moi de rater le Momentum. Je sors mon agenda pour y chercher des trous d’horaire à remplir sinon j’entame un nouveau mois lointain. Ce qui dépasse un délai raisonnable est confié à ma liste de souhaits pour une gestation fertile en attendant d’être réalisé. C’est comme ça tous les jours de la semaine et ni les vacances ni les week-ends n’y font exception.

Je viens de signer mon arrêt de mort? Non. Si tu m’apprécies, ne me dis surtout pas que je dois en faire moins, ou que je dois arrêter de réfléchir. Ça m’est vital. Je préfère le stress de l’hyperactivité à la lassitude qui accompagne l’oisiveté. Dans ma vie, il n’y a pas de place à la demi-mesure. J’ai besoin de faire des choses vraies et complètes pour me sentir satisfaite. Je m’ennuie à répéter les mêmes choses et me dépasser constamment, être sur le qui-vive et de ne rater aucune occasion qui croise mon chemin me permettent d’exploiter mon potentiel et de faire ressortir mes forces.

À 36 ans, j’ai compris que ce n’est qu’en ayant le souffle coupé que je me sens vivante.

Périodiquement, mon corps me réclame un arrêt total, un repos forcé et il prend son dû en me mettant au lit. comme une monture épuisée qui ne trouve pas d’autre moyen de soumettre son maître. Cependant, pas d’inquiétude, quelques journées de repos et de bonne bouffe et me revoilà d’aplomb comme un phénix qui renait de ses cendres pour aller à la poursuite de ses rêves.

Publié par

Maman de deux gazelles et entrepreneure autodidacte, ce blog est une fenêtre sur ma vie, sans filtre, à mi-chemin entre la sagesse et la déraison. J’y pose mes pensées, mes réalisations, mes passions et parfois mes coups de gueule.

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